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Comment dépasser la crise de sens du philosophe ou de l'intellectuel qui doute de l'utilité de son travail d'écriture ?

📅 14 juillet 2025 🎙️ Auteur cité : Baptiste Morizot

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La sortie de crise, pour un philosophe ou un intellectuel qui doute de l'utilité de ce qu'il écrit, passe rarement par un argument rationnel. Elle passe par une rencontre : celle d'une question assez grande, assez urgente, pour que l'écriture redevienne nécessaire. C'est exactement ce que Baptiste Morizot a vécu en découvrant la philosophie du vivant.

Quand la philosophie ne suffit plus à se justifier elle-même

Il y a un moment, dans la vie de beaucoup d'intellectuels, où la discipline que l'on a choisie se retourne contre vous. On a passé des années à aimer la philosophie pour ce qu'elle est — sa rigueur, sa liberté, sa façon de poser des questions que personne d'autre ne pose. Et puis, un jour, on se demande à quoi tout ça sert. Vraiment sert.

Baptiste Morizot a traversé cette crise de façon radicale. Philosophe, maître de conférence à l'université d'Aix-Marseille, il a publié dix livres en dix ans. Mais avant d'en écrire le premier, il a failli tout arrêter. Le sentiment que la philosophie était socialement inutile — qu'elle tournait en rond dans ses propres concepts sans toucher le monde réel — l'avait amené au bord du renoncement.

Ce que Morizot décrit n'est pas une dépression passagère. C'est une crise de légitimité. Et cette crise est peut-être l'une des plus honnêtes qu'un intellectuel puisse traverser : elle signifie qu'on prend au sérieux la question de l'impact, qu'on ne se contente plus d'écrire pour écrire.

La rencontre qui change tout : une question plus grande que soi

Ce qui a sorti Baptiste Morizot de cette impasse n'est pas une technique d'écriture, ni une posture professionnelle. C'est une question. La question du vivant — et plus précisément, celle de la relation entre les humains et les autres espèces qui peuplent la Terre.

En découvrant la philosophie environnementale, notamment à travers les travaux du philosophe américain John Baird Callicott, Morizot a trouvé un terrain sur lequel son travail pouvait avoir une utilité réelle. Non pas une utilité immédiate et mesurable, mais une utilité profonde : contribuer à forger une nouvelle image du monde, à un moment où la crise écologique exige précisément que nous repensions notre rapport au vivant.

Il y a quelque chose d'important à comprendre ici. Ce n'est pas que la philosophie soit devenue « utile » au sens pratique du terme. C'est qu'elle a trouvé une raison d'être qui dépasse la discipline elle-même. L'écriture n'était plus un exercice académique — elle devenait un outil au service de quelque chose qui comptait.

« J'en étais au point de vouloir divorcer avec la philosophie, de plus vouloir en faire, de plus avoir le sentiment que ça avait un sens supérieur. Et c'est là que j'ai rencontré la question du vivant. »

Baptiste Morizot Philosophe, maître de conférence à l'université d'Aix-Marseille, auteur de dix livres publiés en dix ans depuis 2016. Spécialiste des relations entre humains et monde vivant, il est connu notamment pour Les Diplomates (2016) et des ouvrages sur le retour du loup et la cohabitation entre espèces.

Mettre son écriture « au service » — sans renoncer à sa liberté

L'expression « mettre son écriture au service de » peut faire peur. Elle évoque le militantisme, la pensée alignée, l'intellectuel-porte-parole. Ce n'est pas de ça qu'il s'agit. Ce que Morizot décrit, c'est quelque chose de plus subtil : trouver une cause — un enjeu du monde réel — qui donne à l'écriture une direction sans lui dicter ses conclusions.

La philosophie environnementale, telle que Baptiste Morizot la pratique, ne sacrifie pas la rigueur conceptuelle à un message politique. Au contraire : c'est parce que la question est grande et difficile qu'elle a besoin d'outils philosophiques fins. Le doute sur l'utilité de l'écriture se dissout non pas parce qu'on renonce à l'exigence intellectuelle, mais parce qu'on lui trouve un point d'application dans le réel.

C'est peut-être la leçon la plus transférable du parcours de Morizot. La crise de sens n'appelle pas un renoncement à la discipline — elle appelle une traversée vers quelque chose qui la dépasse. Un problème du monde, une question irrésolue, un territoire encore mal cartographié. C'est là que l'écriture peut redevenir vitale.

Ce que ça implique concrètement pour un auteur en crise

Sortir d'une crise de sens autour de l'écriture suppose d'accepter une forme de vulnérabilité. On ne peut pas décider rationnellement d'une « cause à servir » comme on choisirait un sujet de thèse. La rencontre, pour Baptiste Morizot, a été une vraie rencontre — intellectuelle, presque émotionnelle. Il a été saisi par la question du vivant avant d'en faire le moteur de son œuvre.

Cela dit, cette rencontre ne surgit pas du néant. Elle survient parce que Morizot