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La réponse tient en un statut : celui d'enseignant-chercheur. Baptiste Morizot, philosophe et maître de conférences à l'université d'Aix-Marseille, consacre la moitié légale de son temps de travail à la recherche — un temps qu'il passe sur le terrain, à pister des loups ou à rencontrer des bergers, sans avoir à courir après des financements.
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Le statut d'enseignant-chercheur dans l'université française est à l'origine conçu pour des scientifiques travaillant en laboratoire. La règle est simple : la moitié du temps de service est consacrée à l'enseignement, l'autre moitié à la recherche. Ce que Baptiste Morizot a compris, c'est que rien dans ce cadre n'impose que la recherche se fasse entre quatre murs.
Pour un philosophe, cette latitude est considérable. Là où un biologiste peut être contraint par un protocole expérimental, une demande de financement ou l'accès à un équipement coûteux, Morizot peut décider lui-même de la forme que prend son enquête. Et il a choisi qu'elle se passe dehors : en forêt, sur les crêtes des Alpes, dans les troupeaux de brebis, à l'affût des traces laissées par des loups.
Cette organisation n'est pas anodine sur le plan intellectuel. Baptiste Morizot l'a montré dans ses livres — Sur la piste animale, Les Diplomates, Manière d'être vivant — la philosophie qu'il pratique naît du contact direct avec le monde vivant. Elle ne peut pas être pensée depuis un bureau. Elle demande du temps, de la lenteur, et une présence physique que seul un emploi du temps libéré du stress économique permet de s'accorder.
C'est précisément ce que rend possible le poste universitaire : non pas le luxe, mais la tranquillité. Celle de chercher sans contrainte de résultat à court terme, sans avoir à vendre un projet à un mécène ou à justifier chaque déplacement devant un comité de sélection.
Baptiste Morizot ne prend pas cela pour acquis. Au contraire, il en parle avec une gratitude explicite et presque militante. Pour lui, la possibilité de faire ce travail de terrain philosophique repose sur quelque chose de collectif : un financement public, une institution, des gens qui ont cru — et croient encore — que la recherche mérite d'être protégée des impératifs marchands.
"Sans avoir le stress du loyer et des factures à payer puisque c'est la moitié de votre temps de travail [...] c'est la beauté de ce métier pour lequel j'ai une immense gratitude pour les gens croyant dans le service public aussi bien dans ce qui permet que dans la nécessité pour nous fonctionnaires d'être utiles à la société."
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Mais Morizot complète immédiatement cette gratitude par une responsabilité. Bénéficier d'un poste financé par des fonds publics crée une obligation morale : celle d'être utile, de rendre quelque chose. Pas nécessairement au sens rentable du terme, mais dans le sens d'une pensée qui irrigue, qui interroge, qui ouvre des espaces que d'autres n'auraient pas ouverts.
C'est peut-être là que réside la vraie réponse à la question du financement : non pas trouver une source d'argent, mais trouver un cadre dans lequel la recherche et sa financement sont pensés ensemble, comme les deux faces d'un même engagement.
Oui, et c'est précisément la liberté que souligne Baptiste Morizot. Contrairement aux scientifiques liés à un protocole de laboratoire, les philosophes ont une grande latitude pour définir eux-mêmes la nature de leur recherche. Rien n'empêche qu'elle se déroule en forêt, sur une piste animale, ou au contact de gardiens de troupeaux.