Comment gérer le doute de légitimité quand on est autodidacte en critique de cinéma ?
Murielle Joudet, critique de cinéma au Monde, a elle-même traversé une crise d'impostor syndrome malgré ses succès. Sa réponse ? Accepter de se sentir légitime même en territoire inconnu, en travaillant dur et en cultivant une confiance authentique, indépendante du statut académique.
L'impostor syndrome touche aussi les meilleurs
Personne ne s'attend à ce qu'une critique de cinéma de premier plan avoue ses doutes. Et pourtant, c'est exactement ce qu'a partagé Murielle Joudet en revenant sur sa carrière. Elle avait d'ailleurs refusé une invitation de France Culture pour parler de Godard — une cinéaste fondatrice, un sujet prestigieux — simplement par peur de n'être pas à la hauteur.
Ce moment révélateur aurait pu rester un non-événement. Mais à la place, Joudet a dit oui. Et ce qui s'en est suivi montre précisément comment on dépasse le doute de légitimité : en plongeant dedans, pas en le contournant.
Travailler dur pour conquérir sa légitimité
Murielle Joudet n'a pas pris cette invitation à la légère. Elle a préparé cette semaine de France Culture en travaillant comme si sa réputation en dépendait — ce qui était probablement le cas, psychologiquement parlant. Elle s'est immérgée dans Godard, elle a puisé dans sa connaissance déjà solide du cinéaste, et elle a construit une parole assurée.
La préparation intensive n'a pas éliminé le doute, mais elle l'a transfiguré. D'une sensation paralysante, elle l'a convertie en énergie productive. C'est la leçon centrale pour tout autodidacte : la légitimité ne tombe pas du ciel, on la construit, étape après étape.
J'ai bossé comme une folle pendant une semaine alors que je connaissais très bien Godard. Et en fait, maintenant, j'essaye d'avoir des réactions mec. Je me sens légitime même sur des trucs que je connais pas.
Apprendre à performer sa confiance
Joudet révèle quelque chose d'encore plus subtil : elle a observé comment les critiques de cinéma hommes exprimaient leur expertise, et elle a adopté ce ton d'assurance. Ce n'est pas de la malhonnêteté ou de l'imposture — c'est une compétence rhétorique qu'on peut cultiver.
L'absence de formation académique formelle peut générer des angoisses légitimes. Mais elle offre aussi une liberté : celle de ne pas être enfermée dans des codes institués, de développer une voix unique. Murielle Joudet en est la preuve vivante. Ses deux essais majeurs (« Vivre ne nous regarde pas » sur Isabelle Huppert, « On aurait dû dormir » sur Gina Rowlands) ont conquis le monde de la critique cinématographique justement par leur originalité, leur intensité, leur absence de conformisme académique.
La légitimité se construit par la répétition
Le chemin de Murielle Joudet n'a pas été linéaire. Elle a dû surmonter le doute, accepter des défis, préparer intensément, et recommencer. Chaque article, chaque essai, chaque intervention radio a renforcé sa certitude qu'elle avait sa place à cette table.
C'est peut-être la conclusion la plus importante : la légitimité n'est pas une permission qu'on reçoit, c'est une compétence qu'on accumule. Et pour les autodidactes en critique — ou en n'importe quel domaine — ce n'est pas moins vrai. Au contraire, c'est une chance d'affirmer sa voix sans les chaînes du conformisme académique.
📌 Points clés à retenir
- L'impostor syndrome touche même les plus grands. Murielle Joudet l'a vécu malgré ses succès.
- La préparation intensive transforme le doute en énergie productive, pas en paralysie.
- Observer comment les autres expriment leur expertise est une stratégie légitime pour cultiver sa confiance.
- L'absence de formation académique formelle est un atout, pas un handicap, pour les critiques autodidactes.