Dépasser les délais, presque tous les auteurs exigeants le font. La vraie question n'est pas d'éviter les retards à tout prix, mais d'avoir une ligne rouge claire : ne jamais rendre un travail avec le sentiment d'avoir bâclé. C'est le principe simple, et décisif, que Vincent Paronneau — alias Winshluss — applique à chaque livre.
Il y a une mécanique bien connue des auteurs ambitieux : au moment de présenter un projet à son éditeur, on décrit souvent quelque chose de plus grand, de plus abouti, de plus impressionnant que ce qu'on sait réellement produire dans le délai annoncé. Vincent Paronneau ne s'en cache pas : Winshluss reconnaît avoir régulièrement "vendu du rêve" à ses éditeurs, promettant des livraisons qui ont ensuite pris beaucoup plus de temps que prévu.
Ce n'est pas de la mauvaise foi. C'est la tension naturelle entre l'élan créatif au moment de l'enthousiasme et la réalité du travail sur la durée. Le perfectionniste revient sur ses planches, ses pages, ses images. Il retouche, recommence, rejette. Winshluss assume ce fonctionnement, tout en reconnaissant qu'il a des conséquences concrètes sur la relation avec l'éditeur.
Ce qui distingue la position de Vincent Paronneau, c'est qu'il a aussi vécu les délais depuis l'autre côté de la table. Avoir exercé des responsabilités éditoriales lui a donné une conscience aiguë de ce que représente un retard pour une maison d'édition : des plannings bousculés, des équipes réorganisées, des budgets révisés. Cette expérience l'a rendu plus lucide sur ce qu'il impose à ses propres partenaires éditoriaux.
Winshluss ne se donne pas pour autant bonne conscience en disant "je comprends les contraintes, donc je vais forcément les respecter". Il dit simplement que cette double lecture — auteur et éditeur — lui permet d'assumer ses retards avec honnêteté plutôt qu'avec désinvolture. La différence entre l'auteur qui s'en fiche et celui qui sait ce qu'il coûte, mais choisit quand même de finir son travail correctement.
Au fond, la méthode de Vincent Paronneau repose sur un critère subjectif mais terriblement efficace. Il ne se demande pas si le livre est parfait — notion abstraite et inaccessible. Il se demande si, au moment de remettre le manuscrit ou les planches, il peut se regarder en face. Est-ce qu'il a donné ce qu'il avait à donner ? Est-ce qu'il a flanché quelque part par fatigue, par lassitude, par envie d'en finir ?
C'est ce critère-là — intérieur, personnel, non négociable — qui guide Winshluss dans la gestion de ses délais. Et c'est lui qu'il conseille aux autres auteurs, au-delà de toute technique de planning ou de gestion du temps. La vraie deadline n'est pas celle de l'éditeur. C'est celle qu'on se fixe à soi-même pour ne pas avoir de regrets.
"Au moment où je rends le livre, je veux pas avoir ce sentiment de me dire que j'ai un peu flanché ou que j'avais la gueule de bois. Ce que je conseille, c'est surtout ça. C'est de pas avoir ce genre de regrets."
Comment négocier un délai supplémentaire avec son éditeur sans abîmer la relation ?
La clé est la transparence et la crédibilité. Un auteur qui justifie un retard par des raisons créatives solides, et qui livre ensuite un travail à la hauteur, construit une relation de confiance durable avec son éditeur. La régularité des échanges et l'honnêteté sur l'avancement du projet sont essentielles — bien plus que le respect mécanique d'un calendrier initial parfois irréaliste.
Faut-il toujours retravailler son livre jusqu'au dernier moment ?