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Comment gérer un conflit éditorial ou une censure dans une chronique de presse ?

14 juillet 2025 Auteur cité : Paul B. Preciado
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Face à une demande de retrait ou une censure éditoriale, deux voies s'ouvrent : répondre par le texte lui-même en répétant ostensiblement ce qu'on vous a demandé de taire, ou accepter la modification après discussion, en choisissant lucidement ses batailles. Paul B. Preciado a pratiqué les deux, et l'écart entre ces deux réponses dit beaucoup sur l'art de durer dans un media sans se trahir.

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Deux incidents, deux approches radicalement différentes

Paul B. Preciado chronique dans Libération depuis 2013. En plus d'une décennie, deux moments de friction éditoriale se distinguent nettement — et ils illustrent à eux seuls la complexité de la relation entre un auteur et son media.

Le premier porte sur le mot "génocide" utilisé pour parler de la situation en Palestine. La rédaction lui a demandé de le retirer. Le second concerne une description anatomique du corps d'un prêtre dans un article sur la pédophilie dans l'Église catholique — une formulation que le directeur a qualifiée de "pornographique" et dont il a souhaité la suppression.

Dans les deux cas, Paul B. Preciado n'a pas claqué la porte, ni publié une tribune indignée. Il a choisi des réponses mesurées, mais pas identiques : parce que les enjeux n'étaient pas les mêmes.

Répondre par le texte : la répétition comme acte politique

Sur la question palestinienne, Paul B. Preciado a opté pour une forme de résistance douce mais lisible. Plutôt que d'argumenter ou de polémiquer en interne, il a simplement réintroduit le mot "génocide" dans sa chronique suivante — de façon délibérément visible, presque ostentatoire.

C'est une stratégie qui a plusieurs mérites. Elle ne rompt pas la collaboration, elle ne déclenche pas une escalade publique, mais elle dit clairement : je n'ai pas abdiqué. Le texte lui-même devient le terrain de la résistance. Pour un chroniqueur dont la voix est l'outil principal, c'est une réponse cohérente — et souvent plus efficace qu'un bras de fer direct.

Cette approche suppose une chose : que la relation avec le media soit suffisamment solide pour absorber ce type de friction silencieuse. Ce qui n'est pas toujours le cas.

Accepter une censure sans se trahir : l'art du tri

L'affaire du prêtre s'est terminée différemment. Paul B. Preciado et le directeur ont déjeuné ensemble. Ils ont discuté. Et Preciado a accepté de retirer le passage.

Ce n'est pas un renoncement. C'est un arbitrage. Dans son propre récit, il explique qu'il a pesé l'enjeu réel du passage : était-ce là le combat qui valait d'être mené ? La description anatomique en question était percutante, volontairement dérangeante — mais elle n'était pas le cœur de la démonstration. La retirer ne vidait pas l'article de sa substance.

Paul B. Preciado semble ici appliquer un principe simple : tout ne mérite pas la même résistance. Se battre pour chaque virgule, c'est risquer de s'épuiser — et de perdre en crédibilité le jour où le vrai combat se présente.

"C'était pas une censure frontale, en fait on est allé manger ensemble, on a discuté sur la question, j'ai accepté cette censure. [...] Je me suis dit bon, je vais pas m'évader en fait pour un pénis du prêtre, c'est pas la peine."

Paul B. Preciado Philosophe et auteur espagnol, Paul B. Preciado tient depuis 2013 une chronique dans Libération et a publié notamment Testo Junkie, Un appartement sur Uranus (Grasset, 2019) et Mon nom est Bodhi (Seuil, 2026). Il a également réalisé le film Orlando, ma biographie politique, quatre fois récompensé au festival du film de Berlin en 2023.
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Ce que ça dit de la relation auteur–media

Ce que l'expérience de Paul B. Preciado révèle, c'est que la durabilité d'une collaboration éditoriale repose rarement sur une liberté totale — elle repose sur une négociation permanente, souvent informelle. Le déjeuner avec le directeur n'est pas un signe de faiblesse : c'est le cadre dans lequel se gère, humainement, la tension entre une voix singulière et les contraintes d'une institution media.

Preciado n'est pas naïf sur le sujet. Il sait que Libération a des lignes éditoriales, des actionnaires, des lecteurs à ménager. Ce qu'il a construit en plus d'une décennie, c'est une forme de capital de confiance — suffisant pour que ses sujets les plus abrasifs passent, et pour que les rares retraits ne ressemblent pas à une capitulation.

Pour tout auteur qui chronique régulièrement, la leçon tient en peu de mots : construire d'abord la relation, choisir ensuite les combats.

Points clés à retenir

Questions connexes

Faut-il toujours refuser une censure éditoriale pour préserver sa liberté d'auteur ?

Non, pas systématiquement. Tout dépend de l'enjeu réel du passage en question et du rapport de confiance avec l