La transition demande avant tout une décision lucide : accepter de gagner moins pour écrire plus librement. Paul B. Preciado a renoncé à un poste universitaire aux États-Unis — logement, couverture médicale et environ 10 000 dollars par mois inclus — pour consacrer sa vie à l'écriture, aux conférences et aux projets artistiques. Une forme de précarité choisie, qui se finance en partie grâce à des cachets de conférence très variables.
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Sur le papier, le poste universitaire de Paul B. Preciado aux États-Unis ressemblait à un idéal. Un salaire très élevé, une assurance santé, un logement fourni : autant d'éléments qui, dans un pays sans filet de sécurité sociale solide, représentent une forme de luxe rare. Pourtant, Preciado l'a quitté.
Ce n'est pas que l'université soit mauvaise en soi. C'est qu'elle impose un cadre : des formats attendus, un langage validé par les pairs, un tempo dicté par les publications scientifiques. Pour un auteur dont l'œuvre déborde de partout — chroniques dans la presse, livres inclassables, films, interventions publiques —, ce cadre devient rapidement une contrainte. Paul B. Preciado a simplement pris acte de ce que l'institution ne lui permettait pas de faire.
Quitter un tel poste, c'est renoncer à une sécurité concrète. Paul B. Preciado le sait mieux que personne. La vie d'auteur indépendant, même reconnu, est faite d'incertitudes. Les droits d'auteur arrivent de manière irrégulière, les projets artistiques ne se financent pas d'eux-mêmes, et les demandes d'intervention ne sont pas toutes rémunérées.
Preciado complète ses revenus grâce aux conférences. Mais le mot "cachet" recouvre des réalités très différentes : il lui arrive de prendre la parole gratuitement, notamment pour des associations de parents d'enfants trans, par conviction et solidarité. À l'autre bout du spectre, des institutions comme Harvard peuvent proposer jusqu'à 5 000 euros. Entre les deux, tout existe. C'est cette disparité — et l'acceptation de cette disparité — qui caractérise la vie de l'auteur indépendant.
J'ai compris qu'en fait si je restais dans le milieu universitaire j'allais m'étouffer en fait, c'était pas possible pour moi. Je pouvais pas faire en fait toutes les choses que j'avais envie de faire.
Paul B. Preciado Philosophe et auteur espagnol, Paul B. Preciado tient depuis 2013 une chronique dans Libération et a publié notamment Testo Junkie, Un appartement sur Uranus (Grasset, 2019) et Mon nom est Bodhi (Seuil, 2026). Il a également réalisé le film Orlando, ma biographie politique, quatre fois récompensé au festival du film de Berlin en 2023.
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Ce que l'exemple de Paul B. Preciado illustre bien, c'est qu'il n'existe pas de modèle économique unique pour vivre de son écriture. Il faut plutôt penser en termes d'écosystème : les livres nourrissent la notoriété, la notoriété génère des invitations à conférer, les conférences entretiennent le lien avec le public — et avec les institutions qui paient.
Preciado ne fait pas que conférencier : il écrit régulièrement dans Libération depuis 2013, réalise des films, participe à des expositions. Chaque format est à la fois une source de revenus potentielle et une manière d'exister autrement que dans le seul livre. Cette pluralité n'est pas une dispersion : c'est une stratégie de survie créative.
Le mot "précarité" fait peur. Pourtant, Paul B. Preciado n'en parle pas comme d'une souffrance, mais comme d'un état qu'il a choisi en toute connaissance de cause. Il savait ce qu'il quittait. Il savait aussi ce qu'il gagnait : la possibilité de mener toutes les formes d'écriture et de création qu'il souhaitait, sans avoir à demander la permission à une institution.
C'est peut-être là l'enseignement le plus direct de son parcours : la transition du milieu universitaire vers la vie d'auteur n'est pas un saut dans le vide. C'est un choix informé, fait avec les yeux ouverts sur ce que l'on perd et sur ce que l'on gagne. La question n'est pas de savoir si c'est "viable", mais si c'est nécessaire — pour soi, pour son œuvre.
Oui, mais les revenus sont très irréguliers. Paul B. Preciado témoigne de cachets allant de zéro euro (pour des associations de parents d'enfants trans) à 5 000 euros (pour des institutions comme Harvard). Cette disparité oblige à accepter une logique de solidarité et de diversification des sources de revenus, plutôt qu'à miser sur un seul flux régulier.
Pas systématiquement, mais le cadre universitaire peut imposer des contraintes de format, de langage et de tempo qui freinent certains projets. Pour Paul B. Preciado