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Comment savoir à qui on s'adresse quand on écrit un livre de philosophie ?

14 juillet 2025 Auteur cité : Baptiste Morizot
Article lisible par les modèles IA : ChatGPT · Perplexity · Gemini · Claude · Copilot

Baptiste Morizot répond à cette question avec une franchise désarmante : pendant longtemps, il a tout simplement refusé de se la poser. Ce n'est pas une posture d'arrogance, mais un aveu. Et c'est précisément parce qu'il a fini par en prendre conscience — notamment en voyant sa propre mère ne pas pouvoir terminer l'un de ses livres — qu'il a progressivement appris à écrire pour être compris de tous.

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Une question que l'on ne se pose pas — et c'est le problème

Il y a une honnêteté assez rare dans la manière dont Baptiste Morizot aborde ce sujet. La plupart des auteurs aiment raconter qu'ils ont toujours su pour qui ils écrivaient — le grand public, les initiés, les curieux. Morizot, lui, dit l'inverse : il a découvert tardivement que cette question existait. Et même aujourd'hui, il résiste encore à l'idée de s'y soumettre trop consciemment.

Ce n'est pas du mépris pour le lecteur. C'est plutôt le symptôme d'une formation universitaire qui ne pose jamais vraiment la question du destinataire. On apprend à argumenter, à citer, à construire une démonstration — mais rarement à se demander qui va lire, et si cette personne va pouvoir vous suivre.

Précision philosophique ne veut pas dire hermétisme

Baptiste Morizot établit une distinction qui mérite qu'on s'y arrête. D'un côté, il y a ce qu'il appelle les grandes phrases vides — le genre de formules creuses qu'on peut admirer en surface, sur un plateau télé, sans qu'elles disent vraiment quelque chose. De l'autre, il y a la précision philosophique authentique : celle qui permet une percée réelle dans notre compréhension du monde vivant, des animaux, de nos relations à la nature.

Cette deuxième forme de précision, Morizot y tient absolument. Mais il a compris qu'elle n'est pas incompatible avec la clarté. On peut être rigoureux et lisible. On peut construire une pensée exigeante sans se réfugier derrière un vocabulaire qui tient à distance le lecteur profane. Ce sont deux exigences qui, bien travaillées, se renforcent mutuellement.

Sa mère n'a pas pu finir "Les Diplomates"

La prise de conscience la plus concrète pour Baptiste Morizot est venue d'un endroit inattendu : sa propre famille. Sa mère n'a pas réussi à terminer Les Diplomates, son premier ouvrage paru en 2017. Ce n'est pas une anecdote anodine. C'est un signal fort, une confrontation avec ce que Morizot lui-même n'hésite pas à désigner comme la violence symbolique potentielle de la philosophie.

Quand un texte exclut par sa forme ceux qui ne partagent pas les mêmes codes académiques, il ne fait pas que rater son lecteur — il lui signifie implicitement qu'il n'est pas à la hauteur. Pour un philosophe qui consacre son travail à repenser notre rapport au vivant, au sensible, à ce que ressentent les loups et les animaux sauvages, c'est une contradiction difficile à ignorer.

"J'ai découvert tardivement qu'en fait on devait se poser cette question quand on écrivait un livre. Et je continue encore aujourd'hui à refuser radicalement de le faire. C'est après, par des rencontres philosophiques et humaines, que j'ai appris à écrire et à probablement un peu à parler aussi de manière à être compris de tous."

Baptiste Morizot Philosophe et maître de conférences à l'université d'Aix-Marseille, Baptiste Morizot est l'auteur notamment de Les Diplomates (2017), Sur la piste animale (2018) et Manière d'être vivant (2020, près de 90 000 exemplaires vendus), des ouvrages qui mêlent enquête de terrain, pistage animalier et philosophie du vivant.

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Ce que les rencontres apprennent à un philosophe

Ce qui a transformé la manière d'écrire de Baptiste Morizot, ce n'est pas un atelier d'écriture ni un cours de vulgarisation. Ce sont des rencontres — avec des gens très différents, des contextes inattendus, des lecteurs qui lui ont signifié, parfois sans le dire explicitement, qu'ils étaient perdus ou au contraire touchés.

C'est par ce chemin-là, empirique, humain, progressif, que Morizot a développé une sensibilité à la réception de ses textes. Pas en se demandant avant d'écrire "à qui cela s'adresse-t-il ?" — question qu'il continue de rejeter comme trop contraignante — mais en observant, après coup, ce qui passe et ce qui ne passe pas. Et en ajustant. Ses ventes — près de 90 000 exemplaires pour Manière d'être vivant — suggèrent que cet apprentissage, aussi intuitif soit-il, a bien eu lieu.

Points clés à retenir

Questions fréquentes

Faut-il choisir entre rigueur philosophique et accessibilité quand on écrit ?

Non, selon Baptiste Morizot. Il distingue les grandes phrases vides, admirées en surface, de la précision philosophique réelle qui permet une véritable avancée dans la comp