La réponse tient à une question brutale : est-ce que vous avez réellement quelque chose à exprimer, ou est-ce que vous voulez surtout avoir écrit un livre ? Vincent Paronneau, connu sous le nom de Winshluss, a répondu à cette question de la manière la plus radicale qui soit — en posant ses crayons pendant cinq ans.
On crée la version audio de votre livre.
Il y a une croyance tenace chez les auteurs en devenir : si je maîtrise suffisamment bien l'outil — l'écriture, le dessin, la mise en scène — le reste suivra. Winshluss a longtemps vécu avec cette illusion avant qu'une lecture ne la fracasse.
La découverte de Maus d'Art Spiegelman a été, pour Vincent Paronneau, une sorte de choc tectonique. Ce qui frappe dans Maus, ce n'est pas la virtuosité graphique — c'est la densité de ce qu'il y a à raconter. Spiegelman n'a pas fait un grand livre parce qu'il dessinait bien. Il a fait un grand livre parce qu'il avait une histoire qui lui pesait sur le cœur depuis des années.
Cette évidence — simple en apparence, radicale dans ses conséquences — a conduit Winshluss à une conclusion inconfortable : lui-même n'avait peut-être pas encore grand-chose à dire.
Ce que fait ensuite Vincent Paronneau est rare. Il ne continue pas à dessiner en espérant que l'inspiration viendra avec le travail. Il arrête. Du jour au lendemain. Pendant cinq ans, il tourne le dos au dessin et se consacre à la musique.
Ce n'est pas un abandon — c'est une décision lucide. Winshluss choisit de vivre plutôt que de produire. D'accumuler des expériences, des émotions, des points de vue sur le monde, avant de tenter de les mettre en forme. La musique, dans cette période, n'est pas une parenthèse : c'est le terrain sur lequel il continue à se construire comme créateur.
Il y a quelque chose de précieux dans cette attitude. La plupart des créateurs en herbe font l'inverse : ils produisent beaucoup, vite, pour ne pas rester dans le vide. Winshluss, lui, a choisi de rester dans le vide le temps qu'il faut.
"Ai-je vraiment quelque chose à raconter ?" est une question inconfortable, parce qu'elle peut aboutir à une réponse qu'on n'a pas envie d'entendre. Winshluss, dans sa franchise caractéristique, ne l'esquive pas.
Ce n'est pas une question de talent, ni d'âge, ni d'expérience brute. C'est une question de profondeur et d'honnêteté. Est-ce que ce que j'ai traversé, ce que j'observe, ce que je pense du monde mérite d'être transformé en récit ? Est-ce que ça intéresse quelqu'un d'autre que moi ?
Vincent Paronneau formule cela avec une économie de mots qui dit tout :
"Je comprends et j'ai l'intuition que en fait le dessin, c'est secondaire et que si j'ai rien à dire, autant la fermer."
On crée la version audio de votre livre.
Après cinq ans de musique et de vie, Winshluss est revenu au dessin. Pas parce qu'il s'ennuyait, pas parce qu'on l'y encourageait — mais parce que le matériau s'était accumulé. Il avait des choses à raconter qui réclamaient une forme.
Ce retour a donné naissance à une œuvre singulière, dont le Pinocchio primé à Angoulême est l'expression la plus aboutie. Une œuvre qui ne ressemble à rien d'autre, précisément parce qu'elle ne cherche pas à imiter, mais à dire quelque chose de précis sur le monde — la violence du capitalisme, la naïveté qu'on détruit, la désillusion qui grandit.
C'est la leçon centrale que tire Vincent Paronneau de son parcours : la technique, le style, le