Basé sur un témoignage réel · Bookmakers

Comment se libérer du perfectionnisme pour trouver l'énergie juste dans son travail créatif ?

Se libérer du perfectionnisme, c'est avant tout accepter de lâcher la maîtrise technique pour préserver quelque chose de plus précieux : l'énergie vivante du moment. Winshluss l'a expérimenté concrètement en choisissant délibérément de « mal dessiner » — et c'est précisément ce choix qui a rendu son travail plus puissant.

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Le perfectionnisme, un frein déguisé en exigence

On aime croire que le perfectionnisme est une qualité. En réalité, pour beaucoup de créateurs, il fonctionne comme un filtre qui retient tout — y compris ce qui devrait sortir. Il y a une différence profonde entre l'exigence, qui élève le travail, et le perfectionnisme, qui le paralyse en imposant un standard inaccessible dès le premier trait, la première phrase, la première note.

Vincent Paronno — connu sous le nom de Winshluss — a pris ce problème à bras-le-corps de façon radicale. Plutôt que d'affiner indéfiniment sa technique jusqu'à atteindre un idéal imaginaire, il a choisi la direction inverse : se forcer, consciemment, à lâcher les automatismes. Ce n'est pas de la négligence. C'est une stratégie délibérée pour accéder à quelque chose que la technique seule ne peut pas produire.

Désapprendre pour mieux créer : le choix du « mauvais dessin »

Dans sa pratique, Winshluss a identifié quelque chose que beaucoup de créateurs expérimentent sans jamais le nommer : les réflexes académiques peuvent étouffer l'énergie. Quand le geste est trop contrôlé, trop propre, trop conforme à ce qu'on a appris, il perd quelque chose d'essentiel. Une spontanéité. Une vibration. Un risque.

Il a donc fait un choix inhabituel : « virer les trucs académiques », comme il dit. Non pas par paresse ou par rejet de la technique — Vincent Paronno maîtrise parfaitement son art —, mais pour retrouver un espace où l'imperfection n'est pas un échec, c'est un signal. Le signe qu'on est en contact avec quelque chose de vrai.

Cette démarche rappelle ce que font certains musiciens jazz qui improvisent : ils ne cherchent pas la note parfaite, ils cherchent la note juste. Ce n'est pas la même chose.

« Je me suis forcé à mal dessiner — je mets des guillemets à mal dessiner — c'est-à-dire que j'ai viré tous les trucs académiques, j'ai arrêté d'être le gentil garçon du dessin. Je vois que c'est un peu de traviol ou que c'est mal foutu mais après je me dis cette énergie-là je ne peux pas la trouver autrement. »

Vincent Paronno alias Winshluss — Winshluss (Vincent Paronno) est auteur de bande dessinée et réalisateur bordelais, connu notamment pour Pinocchio et J'ai tué le soleil (Gallimard, 2021). Il a co-réalisé avec Marjane Satrapi le film d'animation Persepolis (prix du jury à Cannes 2007, deux Césars, nomination aux Oscars), attirant près de 3 millions de spectateurs dans le monde.
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L'énergie créative ne repasse pas deux fois

Il y a une idée que Winshluss défend avec beaucoup de conviction : certaines énergies existent à un instant précis, et uniquement à cet instant. Si on les laisse passer — parce qu'on voulait faire mieux, peaufiner encore, attendre le bon moment — elles disparaissent. Elles ne reviennent pas à l'identique.

C'est une réalité que beaucoup de créateurs expérimentent mais sous-estiment. On reporte. On se dit qu'on reviendra sur cette idée une fois qu'on sera « prêt ». Et quand on revient, l'élan n'est plus là. La phrase sonne faux. L'image est figée. Ce n'est pas un manque de talent — c'est un problème de timing.

Vincent Paronno a construit toute une éthique de travail autour de cette intuition : accueillir l'énergie quand elle se présente, même si ce n'est pas parfait. Même si c'est « un peu de traviol ». Ce qu'on perd en finesse, on le gagne en vie.

La satisfaction sans le plaisir : une autre façon de tenir

Winshluss dit quelque chose d'assez rare et d'assez courageux : il n'aime pas énormément dessiner en soi. Ce n'est pas son moment de plaisir. Ce qui le nourrit, c'est l'accomplissement — la satisfaction d'avoir mené quelque chose à terme, d'avoir mis quelque chose dans