Commencer petit, mais sincère
Murielle Joudet n'a pas attendu d'être reconnue pour commencer à écrire. À 19 ans, elle lance un blog personnel — VOSTFR, comme elle l'appelle — dans lequel elle partage ses analyses de films sans prétention à l'expertise. C'est un geste simple, presque inévitable pour une cinéphile passionnée qui a besoin d'exprimer ce qu'elle vit dans les salles obscures de Paris.
Ce détail est crucial : elle ne cherche pas d'emblée le statut de journaliste. Elle cherche juste à dire ce qu'elle aime, sans filtre commercial ni prestige. C'est dans cette authenticité première que réside le germe de ce qui deviendra plus tard une crédibilité véritable auprès des éditeurs et du public.
La rencontre avec le mentor : apprendre à désapprendre
Le tournant arrive quand Jérôme Momsiloïck de la revue Chronicart découvre les écrits de Murielle Joudet. Il ne lui dit pas : "C'est bon, continue comme ça." Au contraire, il la reprend, la corrige, la fait retravailler ses textes cinq ou six fois. Et c'est à travers ces allers-retours minutieux que Murielle Joudet commence à comprendre ce qui l'empêche d'être elle-même.
Elle s'aperçoit qu'elle s'appuie sur des béquilles intellectuelles : des résumés de films qu'elle récite, des citations qu'elle rapporte comme preuves, des formules creuses qui sonnent "critique" mais qui tuent sa voix. C'est la leçon la plus difficile, et aussi la plus libératrice.
Désapprendre pour trouver sa voix
Murielle Joudet souligne que le travail de professionnalisation d'une passion, c'est d'abord un travail de soustraction, pas d'addition. On ne lui apprend pas de nouvelles techniques ; on lui enseigne à se débarrasser des tics, des imitations, des manières d'écrire qu'elle a absorbées sans le savoir. C'est un processus lent, qui ne s'achève jamais vraiment.
Ce qui émerge de là, c'est une voix singulière, reconnnaissable, authentique — celle qui lui permet aujourd'hui d'être chroniqueuse au Masque et la Plume sur France Inter, et de publier des analyses de cinéma qui portent la marque inconfondible de son regard.
La patience comme discipline
Entre son blog à 19 ans et son poste de critique établie, Murielle Joudet a passé sept années immergée dans les salles de cinéma parisiennes, écrivant, se faisant reprendre, reécrivant. Ce n'est pas une trajectoire de « jeune prodige », c'est un apprentissage patient et rigoureux.
Ce qui en ressort, c'est que transformer une passion en profession n'est pas un acte de magic, mais un investissement durable dans l'honnêteté intellectuelle et l'écoute. Murielle Joudet accepte le regard du mentor, travaille ses faiblesses, et finit par posséder une expertise qu'on ne peut pas contester parce qu'elle a été gagnée, jour après jour, film après film.