Le trop-plein du débutant : une peur déguisée en générosité
Quand on écrit un premier roman, on doute. On doute de son sujet, de sa légitimité à tenir 300 pages, de l'intérêt que le lecteur va bien vouloir accorder à ce qu'on a à raconter. Alors on rajoute. Une intrigue par-ci, un réseau criminel par-là, un enjeu supplémentaire pour être sûr que ça « tient ». C'est précisément ce qu'a fait Dominique Manotti dans Sombre Sentier, son tout premier roman publié en 1995 — à 52 ans.
Le cœur du livre, c'est la lutte sociale dans le quartier du Sentier à Paris, là où travaillent des immigrés sans papiers dans la confection. Un sujet fort, documenté, habité par une auteure qui a milité toute sa vie. Mais Dominique Manotti n'a pas fait confiance à ce sujet. Elle a ajouté un réseau de prostitution de mineures, puis un trafic d'héroïne. Trop, dira-t-elle elle-même avec le recul.
Ce qui tend le récit et ce qui l'alourdit : apprendre à faire la différence
Le diagnostic de Dominique Manotti est lucide et précis. Ce n'est pas que tout était mauvais — c'est qu'elle n'avait pas encore les outils pour distinguer ce qui servait le récit de ce qui l'encombrait.
Le trafic de drogue, par exemple, avait sa place. Il créait de la tension, compliquait les enjeux sans les noyer, s'articulait à la mécanique du roman. Il remplissait une fonction narrative réelle. Le reste — le réseau de prostitution de mineures — était, selon ses propres mots, superflu. Pas nécessairement inintéressant comme sujet, mais mal intégré, ajouté par peur plutôt que par nécessité.
C'est là une distinction fondamentale que tout auteur gagne à intégrer : une intrigue secondaire n'est pas utile parce qu'elle est "sérieuse" ou "grave". Elle est utile si elle renforce ce qui existe déjà. Dans le cas contraire, elle divise l'attention sans rien apporter.
La règle simple que formule Manotti
Dominique Manotti ne s'est pas contentée du constat. Elle en a tiré quelque chose d'opérationnel, une règle qu'elle s'est donnée pour ses romans suivants et qu'elle énonce avec la franchise qu'on lui connaît.