Oui — et ne pas attendre. Dès que Grasset a été racheté par le groupe de Vincent Bolloré, Paul B. Preciado a décidé de partir sans attendre de voir ce qui allait se passer. Il en a parlé directement au PDG, Olivier Nora, qui lui a donné raison. Preciado a ensuite signé avec Le Seuil. Sa leçon : quand les valeurs d'un groupe racheteur sont incompatibles avec les vôtres, rester revient à cautionner.
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Ce qui frappe dans la décision de Paul B. Preciado, c'est sa rapidité et sa clarté. Pas d'attentisme, pas de raisonnement du type "on verra bien comment les choses évoluent". Dès l'annonce du rachat de Grasset par le groupe Bolloré, Preciado savait. Il n'avait pas besoin de voir arriver les premières tensions éditoriales pour comprendre ce qui l'attendait.
Cette réactivité tient à une lecture lucide de ce que représente ce type de concentration médiatique : le rachat d'une maison d'édition par un groupe à forte orientation idéologique n'est jamais un geste anodin. Pour un auteur dont le travail questionne les normes de genre, les structures de pouvoir et les identités, rester dans une telle maison aurait été une contradiction difficile à tenir.
Preciado a donc pris rendez-vous avec Olivier Nora, le PDG de Grasset, et lui a dit les choses directement : sa place n'était plus là. Nora ne l'a pas contredit. Il a même exprimé sa peine tout en l'encourageant à partir s'il le pouvait. Ce "s'il le pouvait" n'est pas anodin : il dit tout de la contrainte contractuelle qui pèse sur les auteurs dans ce type de situation.
Paul B. Preciado reconnaît lui-même avoir eu "plus de chance que d'autres". Il signe rarement des contrats d'exclusivité longue ou des engagements plurilivres contraignants. Cette liberté contractuelle lui a permis de partir sans se retrouver bloqué — à une exception près : Dysphoria Mundi, pour lequel une erreur contractuelle l'a lié différemment.
Ce détail est précieux pour tout auteur qui se pose la même question. La liberté de quitter un éditeur dont les orientations deviennent incompatibles avec les siennes ne se décide pas au moment du rachat : elle se prépare bien avant, au moment de signer. Des contrats courts, des clauses de résiliation claires, une vigilance sur les engagements à long terme — c'est là que se joue, en amont, la capacité à rester maître de sa parole.
La concentration des groupes d'édition et de médias est une tendance lourde. Se poser cette question une seule fois dans une carrière deviendra peut-être la norme. Autant y réfléchir avant d'en avoir besoin.
"À partir du moment où Vincent Bolloré achetait Grasset, j'ai voulu quitter la maison parce que je savais ce qui allait arriver. Je suis allé voir Olivier Nora pour lui dire : moi je pense que ma place n'est plus ici, et lui il m'a dit : je pense que tu as raison, je suis très peiné, mais pars si tu peux."
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Le départ de Paul B. Preciado n'est pas resté un acte solitaire. Il s'inscrit dans un mouvement plus large de résistance des auteurs face à la concentration éditoriale, un mouvement auquel Preciado a contribué indirectement — en soutenant des amis