Basé sur un témoignage réel · Bookmakers

Faut-il se définir comme engagé ou féministe quand on écrit sur les femmes, et est-ce que ça change quelque chose à l'écriture ?

Publié le  ·  Autrice citée : Murielle Joudet
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Non — et la nuance est importante. Murielle Joudet, qui consacre ses livres aux actrices et aux femmes à l'écran, refuse de se revendiquer féministe au sens militant du terme. Elle écrit depuis une nécessité intime, pas depuis un programme collectif. Ce qui ne l'empêche pas de reconnaître que le simple fait d'occuper la place est, déjà, politique.

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Refuser l'étiquette par respect, pas par esquive

Quand Murielle Joudet dit qu'elle ne se définit pas comme féministe, ce n'est pas une façon de se mettre à l'abri. C'est presque le contraire. Pour elle, le mot porte une charge réelle, incarnée dans des luttes concrètes, des engagements quotidiens, des militantes qui y consacrent leur vie. Se l'approprier à la légère — parce qu'on a écrit deux livres sur des actrices — lui semble déplacé, voire un peu indécent.

Ce positionnement dit quelque chose d'intéressant sur la relation entre identité d'auteur et contenu d'un livre. On peut écrire sur les femmes, défendre des causes qui les concernent, décrypter les mécanismes qui les invisibilisent — sans pour autant se présenter comme le porte-voix d'un mouvement. Murielle Joudet assume cette distinction.

Écrire depuis soi, pas depuis une cause

Ce qui revient souvent dans la façon dont Murielle Joudet décrit son travail, c'est une forme d'honnêteté sur le point de départ. Elle n'écrit pas pour défendre une thèse ou illustrer un combat. Elle écrit depuis elle-même — ce qu'elle appelle une démarche « autocentrée », voire névrotique. Ses livres naissent d'une obsession personnelle, pas d'un devoir collectif.

C'est une différence qui change tout au niveau de l'écriture. Un texte conçu comme un outil militant répond à une logique de démonstration : il faut convaincre, illustrer, rallier. Un texte écrit depuis une nécessité intime peut se permettre d'être plus incertain, plus sinueux, plus vrai. Murielle Joudet choisit clairement le second chemin — et ses livres en portent la trace.

Pour autant, elle ne nie pas l'effet de ses écrits. Ses livres sont féministes, dit-elle, « par la force des choses ». Ce qu'elle analyse, ce qu'elle met en lumière, ce qu'elle refuse de taire — tout cela produit un effet politique, même sans intention militante affichée. La question de l'intention et celle de l'impact ne se confondent pas toujours.

La place comme geste politique

Là où Murielle Joudet concède volontiers quelque chose au féminisme, c'est sur un terrain plus concret : celui de la présence. Être une critique femme. Prendre la parole dans des espaces où les voix masculines dominent encore. Signer des analyses, s'imposer comme référence, occuper le terrain avec autorité. C'est ça, son féminisme — non pas déclaré, mais pratiqué.

« Si je suis féministe à un endroit, c'est dans le côté de prendre de la place et d'être une critique femme. C'est déjà pas mal. »

Murielle Joudet Critique de cinéma et essayiste, Murielle Joudet est l'autrice de plusieurs livres sur les actrices, dont La seconde femme (2022) consacré à la vieillesse des comédiennes à l'écran, et d'un recueil d'entretiens avec Catherine Breillat intitulé Je ne crois qu'en moi (2023), sacré meilleur ouvrage français sur le cinéma par le syndicat de la critique. Elle collabore notamment au Masque et la Plume sur France Inter et à la Cinémathèque française.
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Points clés à retenir

Questions connexes

Écrire sur les femmes oblige-t-il à adopter une posture militante ?

Non. On peut écrire sur les femmes depuis une démarche intime et personnelle sans se réclamer d'un mouvement. Ce qui compte, selon Murielle Joudet, c'est l'honnêteté du regard porté — pas l'étiquette que l'on accepte ou refuse. L'écriture engagée ne s'annonce pas toujours comme telle.

Le fait d'être une femme qui écrit est-il déjà un acte féministe ?

Murielle Joudet le pense,