La réponse la plus honnête vient peut-être de Winshluss : ne rien attendre. Quand son premier album, Super Negra, est sorti en 1999 dans une quasi-indifférence, Vincent Paronneau n'a pas été déstabilisé — parce qu'il n'avait pas bâti sa démarche sur l'espoir d'être lu. Le livre a fini par trouver son public, progressivement, au fil des festivals. Mais l'essentiel était ailleurs.
Sortir un premier livre, c'est souvent des mois, parfois des années de travail condensés dans un objet que le monde peut ignorer en quelques semaines. Le silence des ventes, l'absence de critiques, les librairies indifférentes — tout cela peut ressembler à un verdict définitif sur votre travail. Et pourtant, ce verdict ne dit rien de ce que vous avez fait. Il dit seulement où vous en êtes dans le temps, dans la visibilité, dans le circuit.
Vincent Paronneau, alias Winshluss, a vécu exactement ça avec Super Negra, publié en 1999. L'album est passé dans une quasi-discrétion totale. Pratiquement personne ne l'a acheté à sa sortie. Ce n'est pas une histoire de mauvais livre : c'est simplement ce qui arrive à une grande partie des premières œuvres, même celles qui méritent d'être lues.
Plutôt que de rester dans l'attente d'une reconnaissance qui ne venait pas, Vincent Paronneau est allé faire des festivals. Il a mis son livre en mouvement, en rencontrant des gens, en créant des occasions de le découvrir. Ce n'est pas une stratégie marketing — c'est quelque chose de plus simple : continuer à exister avec son travail, sans en faire dépendre son état intérieur.
Winshluss ne raconte pas cette période comme un sacrifice ou une épreuve. Il en parle avec une espèce de légèreté tranquille, presque évidente. Super Negra a fini par se vendre, progressivement. Le public a rejoint le livre à son propre rythme. Mais cette issue heureuse n'est pas ce qui explique son absence de découragement — elle en est simplement la conséquence, bien plus tard.
Ce que dit Winshluss touche quelque chose de plus profond que la gestion de l'ego ou la patience artistique. Il pose, sans le formuler explicitement, une question à tout auteur : pourquoi est-ce que vous faites ça ? Si la réponse inclut "pour être lu", "pour que ça marche", "pour la reconnaissance", alors la sortie confidentielle d'un premier livre sera, presque mécaniquement, une source de souffrance.
Vincent Paronneau, lui, avait déjà réglé cette question avant même de publier. Son moteur n'était pas la gloire — et cette clarté l'a protégé de la désillusion. Ce n'est pas une posture de saint indifférent au monde : c'est une cohérence entre ce qu'on cherche en créant et ce qu'on est prêt à vivre en publiant.
"Si j'avais fait ça pour la gloire, je me serais pendu. Ça me dérange pas du tout. J'attends rien d'autre."
Oui, et c'est exactement ce qui s'est passé pour Super Negra, le premier album de Winshluss. Sorti en 1999 dans une quasi-indifférence, il a progressivement trouvé ses lecteurs au fil des festivals et du bouche-à-oreille. Le temps long fait partie du chemin d'un auteur — et il n'est pas toujours aussi linéaire qu'on l'imaginerait.