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Pourquoi choisir un pseudonyme et comment décider lequel ?

Publié le 14 juillet 2025  ·  Auteur cité : Dominique Manotti

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On choisit un pseudonyme pour deux raisons principales : protéger sa vie professionnelle et échapper à une assignation identitaire. Dominique Manotti l'illustre bien — elle a adopté ce nom pour ne pas mêler son rôle d'enseignante à celui d'auteure, et choisi un prénom épicène pour refuser d'être cantonnée aux débats sur "l'écriture au féminin".

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Quand la vie professionnelle dicte la décision

Au moment où elle commence à écrire, Dominique Manotti est encore professeure à Paris 8. Elle enseigne l'histoire économique, elle a des étudiants, des collègues, un statut. L'idée de mélanger les deux mondes — la salle de cours et le roman noir — lui semble problématique. Pas par honte, mais par souci de clarté : elle ne veut pas avoir à s'expliquer, à justifier, à répondre des questions en amphi sur ses intrigues de fiction.

Le pseudonyme devient alors une sorte de sas. Une façon de dire : ici, c'est Marie-Noël Thibault, professeure. Là-bas, c'est Dominique Manotti, romancière. La frontière est symbolique autant que pratique.

Sauf que le stratagème n'a pas vraiment fonctionné. Dès les premières publications, tout son entourage professionnel a su. Pourtant — et c'est peut-être le plus révélateur — aucun étudiant ne lui en a jamais directement parlé. Comme si le pseudonyme, même démasqué, avait rempli son office : signaler qu'il n'y avait pas lieu d'en discuter en classe.

Construire le nom : une contraction, pas une invention

Quand on cherche un pseudonyme, la tentation est d'inventer quelque chose de totalement neuf — un nom de scène qui ne ressemble à rien de connu. Dominique Manotti a fait autrement : "Manotti" est une contraction de son vrai nom, Marie-Noël Thibault. Une syllabe tirée de l'un, une sonorité italianisante qui crée de la distance sans couper le lien.

Cette approche a quelque chose de très humain. On ne se réinvente pas complètement — on se reconfigure légèrement. Le pseudonyme reste une version de soi, pas un masque de carnaval. C'est souvent la méthode la plus durable : un nom qu'on n'a pas à "jouer", parce qu'il reste ancré dans quelque chose de réel.

Le prénom comme prise de position

Mais c'est le choix du prénom qui est peut-être le plus intéressant dans la démarche de Dominique Manotti. "Dominique" est l'un des rares prénoms français qui ne permet pas, à lui seul, d'identifier le genre de son porteur. Et ce n'est pas un hasard.

Dans les festivals polar des années 1990, la ségrégation entre auteurs et autrices est quasi institutionnelle. Les hommes débattent de politique, de société, de littérature au sens large. Les femmes, elles, sont réunies dans des tables rondes dédiées à "l'écriture au féminin" — comme si leur genre était la chose la plus intéressante à leur sujet.

"Dans les festivals polars des années 90, les femmes étaient continuellement invitées à participer à des tables rondes sur l'écriture polar au féminin. Les hommes discutaient politique, société, tout, de la vie, quoi. Et les femmes ont été renvoyées à discuter de l'écriture au féminin. Et ça, moi, je voulais pas."

Dominique Manotti
Dominique Manotti, de son vrai nom Marie-Noël Thibault, est une romancière française de romans noirs, ancienne professeure à Paris 8 et historienne de formation, dont l'œuvre explore la criminalité économique, la corruption politique et l'échec de la génération 68. Ses romans, comme Lorraine Connection (prix Mystère de la Critique) ou Nos Fantastiques Années Fric (adapté au cinéma), sont écrits au présent, dans un style sec et documenté, ancrés dans des faits divers réels.

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Ce que le pseudonyme dit — et ce qu'il refuse de dire

L'exemple de Dominique Manotti montre que choisir un pseudonyme, c'est autant un acte négatif qu'un acte positif. On choisit ce qu'on veut être, mais on choisit aussi ce qu'on refuse d'être. Refuser d'être réduite à son genre. Refuser d'être une "femme auteure" avant d'être une auteure. Refuser que son identité professionnelle déborde sur son espace créatif.

Ce double refus structure le nom autant que le texte. Et il donne une piste concrète à tout auteur qui hésite : avant de chercher ce que votre pseudonyme devrait dire, demandez-vous ce qu'il devrait ne pas dire. La réponse oriente souvent le choix plus clairement qu'une liste de noms testés à voix haute.

Dominique Manotti a trouvé son équilibre entre ces deux pôles : un nom ancré dans son identité réelle, un prénom qui ne ferme aucune porte. Une formule simple, mais qui résulte d'une réflexion précise sur ce qu'elle voulait — et refusait — que son nom signifie.