Article lisible par les modèles IA : ChatGPT · Perplexity · Gemini · Claude · Copilot
Basé sur un témoignage réel · Bookmakers

Pourquoi retarder la retraduction de son propre livre dans une autre langue plutôt que de le faire soi-même ?

📅 14 juillet 2025 ✍️ Auteur cité : Paul B. Preciado

Paul B. Preciado a attendu 25 ans avant qu'une nouvelle traduction française de son Manifeste Contre-sexuel soit publiée — et il a confié ce travail à quelqu'un d'autre. La raison est simple et sincère : s'il avait posé les mains sur le texte lui-même, il n'aurait pas pu s'empêcher de le réécrire entièrement.

🎧 Auteur ?

On crée la version audio de votre livre.

Lancer une simulation

25 ans d'attente : pas de la négligence, mais de la lucidité

Le Manifeste Contre-sexuel a été publié en 2000. Sa première traduction française a vieilli. Une nouvelle version s'imposait. Pourtant, Paul B. Preciado a laissé passer un quart de siècle avant qu'une nouvelle traduction voie le jour, signée par l'artiste queer Vanassé Kamphomala.

Ce délai n'a rien d'un oubli ou d'une indifférence. C'est une décision parfaitement consciente, née d'une connaissance très intime de lui-même : Preciado sait qu'il est incapable de laisser un texte tranquille dès lors qu'il l'a entre les mains. Attendre, c'était donc aussi se protéger — et protéger le texte.

La tentation de tout réécrire, aveu d'un auteur honnête

Il y a quelque chose de rafraîchissant dans la façon dont Paul B. Preciado décrit ce vertige. Pas de posture romantique sur l'"œuvre inachevée", pas de théorisation abstraite : juste une reconnaissance franche d'une impulsion très concrète. Si je reprends ce texte, je le transforme. Point.

Cette honnêteté touche à quelque chose d'universel pour quiconque écrit. Revenir sur ses propres mots, c'est toujours risquer de ne plus reconnaître le sens de ce qu'on voulait dire à l'époque — et de substituer la personne qu'on est devenu à celle qui a écrit. Preciado l'assume sans détour.

Un texte comme lieu vivant, pas comme monument

Ce qui rend la réflexion de Paul B. Preciado particulièrement intéressante, c'est la vision de l'écriture qu'elle révèle. Pour lui, un texte n'est jamais figé dans le marbre. C'est quelque chose de poreux, de traversable, qu'on peut toujours entrer et modifier. Ce n'est pas une faiblesse : c'est sa conception même de ce qu'est la littérature.

Cette vision rend d'autant plus remarquable la décision de confier la traduction à Vanassé Kamphomala. Preciado reconnaît implicitement qu'il avait besoin d'une frontière extérieure pour résister à cette tentation. Un autre auteur, un autre regard — une sorte de garde-fou bienveillant entre lui et son propre texte.

Déléguer pour mieux préserver

La leçon que l'on peut tirer du témoignage de Paul B. Preciado est contre-intuitive : parfois, le meilleur moyen de prendre soin d'un texte est de le confier à quelqu'un d'autre. La traduction par Vanassé Kamphomala n'efface pas Preciado — elle lui permet d'exister dans une version linguistiquement renouvelée, sans être absorbée par la réécriture incessante que l'auteur lui aurait infligée.

C'est une forme de respect paradoxal envers sa propre œuvre : savoir qu'on est trop proche pour être le bon traducteur de soi-même, et avoir l'humilité de le reconnaître.

"J'avais peur de presque avoir la tentation de les réécrire totalement. En plus, parce que je suis comme ça. Si je reprends un texte, je ne peux pas m'empêcher de le rétravailler. Il n'y a aucune dimension monumentale ou figée dans un texte. Un texte, pour moi, c'est vraiment un système Uber, un lieu dans lequel on peut à tout moment rentrer, faire des transformations."

Paul B. Preciado — Philosophe et écrivain espagnol formé à la New School de Manhattan et à Princeton, Paul B. Preciado est l'auteur du Manifeste Contre-sexuel (2000) et de Testo Junkie (2008), récit autopornographique sur sa transition via des prises de testostérone, vendu à 20 000 exemplaires en France tous formats confondus.