Il n'existe pas de seuil. Ni trois livres publiés, ni un grand prix, ni des dizaines de milliers d'exemplaires vendus ne suffisent à déclencher ce sentiment. Winshluss, auteur primé à Angoulême, l'affirme clairement : il ne s'est jamais considéré comme auteur — et il ne s'y reconnaît toujours pas aujourd'hui.
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En 2001, Winshluss publie trois albums simultanément, chez trois éditeurs différents. De quoi remplir une bibliographie et légitimer, aux yeux du monde, une vraie carrière d'auteur. Mais Winshluss lui-même ? Il n'y pense pas dans ces termes. Il ne se réveille pas un matin avec la conviction d'avoir "franchi un cap". Il continue, simplement.
C'est une leçon qui mérite qu'on s'y arrête : la reconnaissance externe — le nombre de publications, les éditeurs, les tirages — ne produit pas automatiquement une identité interne. On peut signer trois livres en douze mois et ne pas se percevoir comme auteur pour autant. Le déclic, s'il vient, n'est pas lié à un chiffre.
Si la quantité ne suffit pas, peut-être que la consécration, elle, transforme le regard qu'on porte sur soi ? Pinocchio de Winshluss remporte le grand prix au festival d'Angoulême en 2009. L'album se vend à 65 000 exemplaires. Pour beaucoup, ce serait le moment de revendiquer haut et fort le titre d'auteur.
Winshluss, lui, ne franchit pas ce pas. La récompense, le succès public, l'attention critique — rien de tout ça ne modifie sa façon de se nommer. Il reste dans une posture étrange, presque décalée par rapport à l'image qu'on projette sur lui : celle de quelqu'un qui fait des livres, qui en fera d'autres, mais qui ne se définit pas par cette production.
Winshluss ne cherche pas à minimiser son travail — il le décrit autrement. Se dire "compteur" plutôt qu'"auteur", c'est déplacer l'accent : non plus sur l'œuvre accomplie, sur l'identité construite par les livres passés, mais sur le mouvement en cours. Le prochain projet, la prochaine idée, la prochaine forme que ça va prendre — pas forcément un livre, d'ailleurs.
Je me dis, ah tiens, c'est marrant, j'ai fait des bouquins, c'est cool. Je vais essayer d'en faire d'autres. Mais je me dis pas, non, je suis auteur, non. J'ai jamais pensé comme ça. Je suis plus un compteur qu'un auteur.
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Ce que révèle la posture de Winshluss, ce n'est pas de la fausse humilité. C'est une forme de liberté. En refusant de se loger dans la catégorie "auteur", il conserve la possibilité d'aller ailleurs — vers d'autres médiums, d'autres formats, d'autres collaborations. Il se définit davantage comme artiste, une identité plus large, moins contrainte par l'objet-livre.
Cette distinction n'est pas anodine pour quiconque s'interroge sur sa propre pratique créatrice. Se demander "suis-je auteur ?" revient souvent à chercher une validation externe, un seuil à franchir. Winshluss suggère autre chose : peut-être que la vraie question n'est pas "à partir de quand", mais "vers quoi je vais ensuite".
Faut-il être publié pour se considérer auteur ?
La publication est souvent perçue comme le rite de passage vers le statut d'auteur, mais ce n'est pas une condition suffisante — ni même nécessaire pour certains créateurs. Des auteurs publiés et reconnus, comme Winshluss, refusent eux-mêmes cette étiquette et préfèrent se définir autrement, preuve que le titre relève d'abord d'une décision intérieure.
Peut-on être créateur sans se revendiquer auteur ?
Oui, et c'est même une posture créative à part entière. Winshluss se définit davantage comme un artiste, voire un "compteur