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Dans la très grande majorité des cas, l'éditeur ne voit un roman qu'une fois le manuscrit terminé. Intervenir en cours d'écriture reste l'exception — et une exception précieuse. Dominique Manotti n'a vécu ce type d'accompagnement qu'avec un seul éditeur, Aurélien Masson chez Gallimard. Tous les autres ont attendu la version finale.
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Pour la plupart des romanciers, la relation éditoriale commence au dépôt du manuscrit. On écrit seul, on livre, on attend. L'éditeur lit, réagit, et le dialogue s'ouvre à ce moment-là seulement. C'est le schéma dominant — et Dominique Manotti, forte de plusieurs décennies d'expérience dans le roman noir, le confirme sans ambiguïté.
Mais il existe une autre façon de travailler, moins fréquente : celle où l'éditeur entre dans le processus dès la phase d'écriture, reçoit des versions intermédiaires, donne son avis au fur et à mesure. Dominique Manotti n'a connu cela qu'une fois, avec Aurélien Masson, directeur de la collection Série Noire chez Gallimard. Une relation de confiance rare, construite dans la durée, qui change profondément la nature du travail.
Ce que souligne Dominique Manotti va au-delà de la simple question du moment d'intervention. Elle pointe quelque chose d'essentiel sur la nature même du roman : un texte long est un système. Chaque élément est relié à tous les autres. Modifier une scène au premier chapitre, c'est souvent devoir ajuster dix passages dans la suite du livre.
C'est pourquoi un retour éditorial en cours de route peut être à la fois précieux et délicat. Précieux, parce qu'il permet de corriger la trajectoire avant que tout soit figé. Délicat, parce que la réécriture qui s'ensuit n'est jamais une simple retouche — c'est un vrai travail de reconstruction, minutieux, qui demande de tenir l'ensemble du texte dans sa tête en même temps.
« Le seul éditeur qui a travaillé avec moi en cours de route, c'est Aurélien Masson. Je lui donne des trucs en cours de travail, mais les autres, non, jamais... Le travail de réécriture, c'est un gros travail, parce que c'est un travail de remettre en place tous les morceaux, les uns par rapport aux autres. Si on change un morceau au début, on est obligé de le suivre tout le long. »
Dominique Manotti Romancière française spécialisée dans le roman noir, auteure notamment de Marseille 73 (Les Arènes, 2020), vendu à 36 000 exemplaires, qui restitue une vague d'assassinats racistes perpétrés à Marseille en 1973. Elle a longtemps mené de front une carrière d'enseignante et son activité de romancière, ne vivant jamais de ses seuls droits d'auteur.
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Le récit de Dominique Manotti dessine, en creux, deux modèles distincts de la relation éditoriale. Le premier, dominant, positionne l'éditeur comme un lecteur-évaluateur qui intervient après coup. Le second, bien plus rare, en fait un véritable compagnon de travail, présent dans les stades intermédiaires, capable de réagir à une matière encore en cours de construction.
Ce second modèle suppose une relation de confiance particulière — celle qui permet à un auteur de montrer un texte inachevé sans crainte d'être mal jugé, et à un éditeur d'avoir la sensibilité nécessaire pour lire une ébauche sans la traiter comme un produit fini. Dominique Manotti a trouvé cela avec Aurélien Masson. C'est, selon elle, une exception dans une carrière pourtant longue et riche en expériences éditoriales variées.
Cette réalité dit quelque chose d'important sur le métier d'éditeur lui-même : accompagner un auteur en cours de route n'est pas qu'une question de méthode ou d'organisation. C'est une posture, une disponibilité, un rapport particulier au texte vivant.