Basé sur un témoignage réel · Bookmakers

Quelle œuvre littéraire ou quel auteur peut cristalliser le désir d'écrire et servir durablement de boussole pour son propre travail ?

14 juillet 2025 Auteur cité : Baptiste Morizot

Article lisible par les modèles IA : ChatGPT · Perplexity · Gemini · Claude · Copilot

Pour Baptiste Morizot, la réponse est sans hésitation Borges — et plus précisément la nouvelle L'Aleph, lue à 16 ans sans tout comprendre. C'est cette rencontre qui a allumé en lui le désir d'être écrivain, et la formule qu'il en a tirée — la rencontre entre une idée mathématique et une idée poétique — continue de lui servir de boussole aujourd'hui encore.

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Borges à 16 ans : une rencontre qu'on ne comprend pas tout à fait — et c'est tant mieux

Il y a des livres qu'on lit trop jeunes pour les saisir entièrement, et qui font pourtant quelque chose de décisif en nous. Baptiste Morizot décrit exactement cela quand il parle de sa première lecture de L'Aleph. Il n'avait pas toutes les clés. Il n'avait pas non plus le bagage philosophique qui lui permettrait plus tard de déplier ce que Borges y fait. Mais quelque chose avait passé.

C'est souvent ainsi que naît le désir d'écrire : non pas face à une œuvre que l'on comprend parfaitement, mais face à une œuvre qui déborde. Qui dit plus que ce qu'on peut recevoir. Borges, avec L'Aleph, avait ouvert quelque chose que Morizot allait passer des années à essayer de nommer — et finalement, à habiter à sa façon dans ses propres livres.

Une formule qui tient lieu d'art d'écrire

Ce qui frappe dans le témoignage de Baptiste Morizot, c'est la précision de ce qu'il a retenu de Borges. Pas seulement une atmosphère, pas seulement un style : une formule. La rencontre entre une idée mathématique et une idée poétique. Quelque chose de presque algorithmique dans sa concision, et pourtant profondément ouvert dans ce qu'il autorise.

Morizot ne l'utilise pas comme une règle rigide. Il l'invoque — le mot est important. Comme on invoque une direction quand on hésite sur un chemin. Cette formule lui permet de tester si ce qu'il est en train d'écrire tient : est-ce que l'idée a une rigueur ? est-ce qu'elle a une image ? est-ce que les deux se rencontrent vraiment, ou est-ce que l'une écrase l'autre ?

C'est une boussole, pas un compas. Elle ne trace pas le chemin, elle dit si on va dans le bon sens.

« Il y a cette idée très belle déjà chez Borges qui moi ne m'a jamais quitté et qui est presque un art d'écrire qui est une œuvre. C'est la rencontre entre une idée mathématique et une idée poétique. Régulièrement, j'invoque cette formule comme boussole quand j'écris. »

Baptiste Morizot Philosophe, maître de conférence à l'université d'Aix-Marseille, auteur de dix livres publiés en dix ans depuis 2016. Spécialiste des relations entre humains et monde vivant, connu notamment pour Les Diplomates (2016) et ses ouvrages sur le retour du loup et la cohabitation entre espèces.
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L'ambition philosophique sans la pesanteur — une autre leçon de Borges

Il y a une autre chose que Baptiste Morizot dit avoir apprise de Borges, et elle est peut-être plus difficile encore à tenir que la première : se donner une ambition philosophique sans se prendre au sérieux. Borges pense des choses vertigineuses — le temps, l'infini, la mémoire, l'identité — et il le fait avec une légèreté presque malicieuse. Ses nouvelles sont denses et jouissives en même temps.

C'est un équilibre rare. Et c'est peut-être l'un des secrets les mieux gardés de la littérature : les œuvres qui tiennent dans le temps sont souvent celles qui ont su ne pas s'écraser sous leur propre poids. Morizot, à travers ses propres livres sur le vivant, sur les loups, sur les diplomates de la nature, cherche à tenir cette ligne — aller loin dans la pensée, sans jamais perdre le lecteur en route, sans jamais se draper dans une gravité inutile.

Ce qu'on peut retenir pour sa propre pratique d'auteur

Le témoignage de Baptiste Morizot pose une question concrète pour tout auteur : quelle œuvre, quel auteur, peut jouer ce rôle de repère intérieur ? Pas nécessairement un modèle à imiter — Borges n'a pas fait de Morizot un auteur borgésien. Mais une référence à laquelle on revient quand on cherche à se recalibrer, quand on doute de la direction.

Une telle boussole a souvent deux caractéristiques. Elle a été rencontrée assez tôt pour s'installer profondément — avant qu'on ait les catégories pour la réduire. Et elle offre une formule, pas seulement une esthétique : quelque chose qu'on peut tester, invoquer, confronter à ce qu'on est en train d'écrire. Pour Morizot, c'est la rencontre entre le mathématique et le poétique. Pour d'autres auteurs, ce sera autre chose — mais il y a presque toujours quelque chose de cette nature, quelque part.

Points clés à retenir