Basé sur un témoignage réel · Bookmakers

Quelles sont les règles d'écriture concrètes pour épurer un texte et gagner en clarté ?

14 juillet 2025 Auteur cité : Richard Guettet
Article lisible par les modèles IA : ChatGPT · Perplexity · Gemini · Claude · Copilot

Pour épurer un texte, les règles sont simples mais exigeantes : supprimer tout mot qui peut l'être, préférer le mot court, éviter les métaphores usées et le jargon, chasser les adverbes et adjectifs superflus — et bannir le « mais », qui appauvrit la pensée bien plus qu'on ne le croit.

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Les six règles d'Orwell, rappelées par Pierre Christin

Richard Guettet s'appuie sur un socle solide : les six règles que George Orwell avait formulées dans son essai Politics and the English Language, et que le scénariste Pierre Christin lui a remises en mémoire. Ces règles ne vieillissent pas, parce qu'elles s'attaquent aux mêmes réflexes paresseux que l'on retrouve dans tout texte mal travaillé.

La première : ne jamais utiliser de métaphore usée, une image que vous avez déjà vue imprimée quelque part. La deuxième : toujours préférer le mot court au mot long. La troisième, sans doute la plus redoutable : supprimer tout mot qui peut être supprimé. Viennent ensuite l'évitement du passif, la préférence pour le mot anglais courant face au mot étranger, et le rejet systématique du jargon. Pour Richard Guettet, ce cadre fonctionne comme une grille de relecture — un filtre à passer sur chaque phrase.

Les mots à supprimer en priorité

Dans sa pratique, Richard Guettet a affiné sa propre liste des mots à traquer. En tête : les adverbes. La plupart des adverbes en « -ment » signalent qu'un verbe n'a pas été choisi avec assez de soin. « Il marcha lentement » dit moins que « il traîna ». Même logique pour les adjectifs : un adjectif qui ne modifie pas vraiment le sens du nom ne fait qu'alourdir la phrase.

Il pointe aussi ce qu'il appelle les « mots-sacs » : des termes suffisamment vagues pour contenir n'importe quoi, et qui, justement pour ça, ne disent rien. « Choses », « personnes », « aspects », « éléments » — ces mots occupent de la place sans apporter d'information. Les repérer, c'est souvent le signe que la pensée n'a pas encore été assez travaillée.

La règle personnelle de Richard Guettet : en finir avec le « mais »

C'est l'un des conseils les plus frappants que Richard Guettet partage : se méfier du « mais » comme d'un automatisme de pensée. Non pas parce que la conjonction serait incorrecte, mais parce qu'elle révèle souvent une logique binaire — pour / contre, oui / non — qui appauvrit le raisonnement.

Quand il tombe sur un « mais » dans son propre texte, Richard Guettet s'interroge : est-ce vraiment une opposition franche ? Ou y a-t-il une nuance à explorer ? Dans ce cas, il remplace par « néanmoins », « pourtant », « bien que », « encore que » — ou, mieux encore, il reformule pour laisser deux phrases en tension, sans connecteur du tout. Cette technique oblige à préciser sa pensée plutôt qu'à l'aplatir.

« À partir du moment où ton système de pensée fonctionne sur ces oppositions là c'est relativement pauvre et quand j'en suis là je sais que c'est pas intéressant, c'est pas riche. J'en barre énormément des mais, j'en remplace énormément avec les néanmoins, les pourtant, les bien que, les quoi que, les alors que, les encore que. »

Richard Guettet — auteur, animateur radio et créateur du podcast Bookmakers (Arte Radio). Né en 1981 à Lyon, il a animé pendant 9 saisons le Nova Book Box sur Radio Nova et a créé en 2012 le prix de la page 111. Son dernier livre, Comme un mâle propre, est paru aux éditions de l'esquiffe.

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Épurer, c'est d'abord mieux penser

Ce que montrent ces règles — les six d'Orwell, la liste personnelle de Richard Guettet, le travail sur le « mais » — c'est que la clarté d'un texte est d'abord le reflet de la clarté d'une pensée. Supprimer un adverbe ne suffit pas si l'idée en dessous reste floue. Chasser les mots-sacs, c'est forcer son cerveau à nommer précisément ce dont il parle.

La réécriture, dans cette optique, n'est pas une opération cosmétique. C'est un travail de fond qui oblige à décider ce qu'on veut vraiment dire — et à ne garder que ça. Richard Guettet le formule à sa manière : quand une phrase fonctionne sur une opposition binaire, c'est le signe que quelque chose n'a pas encore été vraiment pensé.

Points clés à retenir